mercredi, 19 septembre 2007

Les remparts éventrés

Je suis assis en tailleur dans mon lit, le dos appuyé contre le mur.

Toutes les lumières sont éteintes et seules crépitent sur ma table de nuit, les lueurs de ces deux bougies Diptyque à la tubéreuse dont j’aime tant l’odeur enivrante.

Elle me ramène des années en arrière cette odeur. L’appartement sous les toits d’Anne dans le 15ème, le droit, Assas, la fac, mes vingt ans, Jérôme, les fous rires au « Vavin », les nuits de révisions, les exams en septembre, les échecs, les réussites, …

Le cendrier rempli à ras bord, posé sur la couette bleue, à côté de moi atteste de mon manque de sommeil.

Les draps froissés, moites et chauds rendent compte de mon agitation.

Je repense à la soirée chez elle.

Je me sens épuisé et fébrile, je n’arrive pas à dormir.

C’est toujours la même histoire.

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens instantanément en rentrant que quelque chose ne va pas aller. A son visage crispé, malgré sa volonté de masquer, à cette petite étincelle électrique que je perçois dans l’air, au sentiment immédiat d’oppression qui m’assaille, à mon cœur qui bat plus vite qu’à l’accoutumée...

Et d’autres fois non je sais que tout ira bien.

Et cette fois ci, j’ai senti confusément en entrant que la partie ne serait pas simple.

Elle ne l’a pas été.

Les détails de l’histoire n’ont que peu d’importance en fait.

Ils sont classiques, banaux, presque médiocres même.

Ils riment avec colère, chagrin et solitude.

En revanche ce qui m’a sauté aux yeux cette fois ci c’est que là encore, le même processus, la même histoire, le même scenario.

Au détour d’une phrase anodine, d’un mot, d’une anecdote banale, elle craque, parle, parle, parle, parle, pleure, pleure, pleure, crie, crie, crie, …

Elle déverse sa haine bileuse, ses mots vengeurs, sa colère rageuse, ses larmes d’amer chagrin.

Et j’écoute, j’encaisse, je serre les dents.

Je parle peu, je me referme comme une huitre, je baisse le rideau, je mets ma carapace, j’endosse mon armure.

Je voudrais parler, mais je ne peux pas.

Les sons ne sortent pas de ma gorge.

Et pourtant mon cerveau en fusion regorge lui de mots, de pensées ….

Je suis perdu dans ma contradiction.

Et elle ressasse sa longue litanie, crache sa boule de mal être, sa solitude, évacue ses larmes.

A peine fini, elle recommence, et encore, et encore …

Tenir.

Ne pas céder d’un pouce.

Ne pas se laisser envahir.

Résister.

Maintenir l’émotion aussi loin que possible.

Se raisonner.

Combattre la culpabilité.

Défendre son intégrité.

Ne pas offrir de prise.

Attendre.

Fermer les écoutilles.

S’évader au loin, ailleurs.

Ne rien sentir.

Croire qu’on est sauvé.

Envisager la retraite.

Fuir.

Colmater les brèches.

Ne plus tenir.

Et céder enfin  …

Pleurer.

Et comme à chaque fois mes remparts éventrés, ma muraille effondrée, mes orages éclatés donnent le signal de la fin de la représentation.

Et comme à chaque fois, elle se reprend et séche ses larmes.

Et comme à chaque fois, je suis anéanti de lassitude, de chagrin et de fatigue.

De guerre lasse, je laisse s’échapper, s’épancher le ruisseau boueux de mes larmes, étouffant mes sanglots, léchant mes plaies.

Est-ce qu’elle a vaincu et que je suis défait ?

Est-ce que cela crée un électrochoc et que voyant ma peine, elle se ressaisit ?

Je ne sais pas.

Je suis fatigué.

Je voudrais tellement dormir.

Commentaires

Toujours et encore, mais ou est ton armure de fer, ma Fee ?
Marre d'etre si sensible et a fleur de peau toi aussi ?
Viens on va faire les folles ailleurs pour colmater, toujours et encore ;-)

Ecrit par : Sblabla | mercredi, 19 septembre 2007

quel condensé d'émotion je ne sais pas qui elle est mais elle le pouvoir de te faire écrie de jolie choses fortes.

Ecrit par : Aladine | mercredi, 19 septembre 2007

C'est devant ta détresse qu'elle a pu se ressaisir. Elle a pu voir, sentir, entendre que d'autres souffrent aussi. Elle a sans doute relativisé, peut-être fait un deuil. Il serait bien que tu puisses accepter qu'elle ait pu écouter ton chagrin et sécher ses propres larmes pour être disponible. Elle t'a offert le même beau cadeau d'empathie que tu lui avais apporté. Tu peux sécher tes larmes à ton tour et t'endormir en paix maintenant.

Ecrit par : MarcelD | mercredi, 19 septembre 2007

Ce n'est pas un chemin simple que vous traversez. Elle te heurte bien sûr parce qu'elle même n'a que toi pour apaiser sa douleur en prononçant des mots que, sans doute, elle ne pense pas. Elle a juste besoin de les dire, de dire des choses terribles qui la libèrent...
Si seulement tu pouvais mettre de la distance (je ne parle pas de distance physique mais de distance morale) pour que ces mots glissent sur toi comme l'eau sur la vitre, sans laisser de trace...
Alors, t'évader c'est bien.. Mais pouvoir dépasser tout ça ce serait mieux... Plus facile à dire qu'à faire, je le sais.

Je t'embrasse fort tout en me sentant bien impuissant à soulager ta peine.

Ecrit par : Ditom | mercredi, 19 septembre 2007

merde....c'est beau.....

Ecrit par : princessemoi | mercredi, 19 septembre 2007

Ferme les yeux.
Souviens toi du dernier éclat de rire partagé à faire couler les larmes,
Souviens toi du moment unique ou l'émotion la plus pure a parcouru ta moelle épinière,
Souviens toi du cette musique si douce qui berce tes instants de rêverie,
Souviens toi de ces serments prononcés par ceux qui t'aiment
Souviens toi de ces mots qui te transportent au bout du monde.
Tout ça est là. En toi, aussi...

Ecrit par : Duralex | mercredi, 19 septembre 2007

@ tous : merci ! Il arrive parfois de vivre de pénibles moments de découragements et de peine ... mais vos réactions chaleureureuses et gentilles font du bien ! Encore merci

Ecrit par : La Fée daubette | mercredi, 19 septembre 2007

Je t'ai déjà dit ce que j'en pensais. Prends soin de toi, tu as une vie à construire et Dieu sait qu'elle peut être belle cette vie !
L'égoisme a ses vertues, pense un peu à toi...

Ecrit par : on a night | mercredi, 19 septembre 2007

> La Fée: viens, aller, on s'en va.....

Ecrit par : dfromparis | mercredi, 19 septembre 2007

@ duralex : je my efforce vraiment ... merci bcp
@ on a night : je sais que l"égoisme a des vertues ... pour autant parfois je suis désemparé face à lui
@ dfp : ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii on vt où ? ;-)

Ecrit par : La fée | mercredi, 19 septembre 2007

Mon ptit Fée ! ne pense qu'une chse dans ces cas là ! :

A BAS LA MOULE!

Ecrit par : linkiseb | mercredi, 19 septembre 2007

@ linki : heu elle c'est ma mére .... ;-(

Ecrit par : La fée | jeudi, 20 septembre 2007

une petite coupe de champ et ca ira mieux...

Ecrit par : Brav | jeudi, 20 septembre 2007

Adopte la technique Homer Simpson! Tu sais quand on voit dans l'intérieur de son cerveau le petit singe qui joue des simballes. Penser au petit singe qui fait schling schling, je te jure ça peut te sauver. Même avec les coups de fil de Mamie ça marche...

Ecrit par : Mlle E | jeudi, 20 septembre 2007

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